Tabuley Rochereau
Parrain de Zaiko Langa Langa
Tabu Ley Rochereau est l'un des pionniers de la musique Congolese moderne, appellée la "Rumba Conglaise". Cette musique est un style de dance populaire du Congo/Zaire qui fait de Tabu Ley une des grandes attractions musicales en afrique et dans le monde francophone. Tirrant ses racines dans les rithmes de la Rumba Cubaine ainsi que des chansons traditionelles africaines, les compositions de Tabu Ley harmonisent instantanement les sillons sonores avec des cordes vocales époustouflantes accompagnées par une guitare solo aigue. Il acceptera ainsi volontier de parrainer Zaiko Langa Langa pour que ces rithmes multiples harmonieusement inégaux ainsi que ces textures provoquant une écoute excitante accompagnée de la danse soit transmise à la postérité.

Photo Philip Gould pour BEE'S KNEES Production


Epopée de la Musique Congolaise Moderne

En 1953, Joseph Kabassele (dit "Grand Kalle") crée à Leopoldville (Kinshasa) l'African Jazz. Cet événement culturel important, qui marque la rupture entre l'ancienne mode de musique congolaise (valeureusement incarnée par Papa Wendo Kolosoy, Adou Elenga, Maman Eyenga Moseka, Baudouin Mavula etc) et la mode naissante, inaugure le règne de la musique congolaise dite moderne. Dès sa création, l'African Jazz jouit presque d'un monopole sur l'échiquier de cette musique congolaise. Mais à partir de 1956, date à laquelle Franco, Essous, Rossignol, Pandy... fondent l'OK Jazz, cette situation cesse d'exister. L'OK Jazz fait son entrée au monde musical d'une façon fracassante. La guitare "parlante" de Franco (surnomé "le sorcier de la guitare") fait drainer des masses de melomanes aux concerts et bals animés par l'orchestre. Du coté de l'African Jazz, Grand Kalle récrute un jeune chanteur qui déviendra très vite célèbre sous l'appellation de Rochereau. Dès ses débuts à l'African Jazz, Rochereau annonce déjà les couleurs: par sa delicieuse voix comme par de très belles compositions. Dans la lutte sans merçi qui s'instaure, dorénavant, entre l'OK Jazz et l'African Jazz, chancun s'emploie à aiguiser son style propre. Ainsi naissent les deux Ecoles de musique - l'une dite "moderne" (Grand Kalle), l'autre dite "traditionelle" (Franco) - auxquelles viendront s'identifier tous les orchestres Congolais.

A la disparition de l'African Jazz en 1963 (il rapparaîtra plus tard avec d'autres éléments, Papa Noel, Bombenga... mais hélas! de façon très éphémère), Rochereau, Nico, Roger... créent l'African Fiesta, perpétuant ainsi la tradition de l'Ecole Grand Kalle. Après un peu plus de trois ans de rayonnement collectif, l'African Fiesta connaîtra une scission en deux branches: "l'African Fiesta National" (Rochereau) d'une part, "l'African Fiesta Sukisa" (Nico) de l'autre. Sans conteste, c'est Rochereau qui aura le mieux assuré la tradition de l'Ecole "Grand Kalle". Tant par sa personnalité remarquable, la longevité de sa carrière que par la coloration de son style qui continuera dans son orchestre désormais baptisé "Afrisa International". Rechereau a toujours cherché à s'entourer de bons musiciens. Parmi ceux-ci, mentionnons les vedettes: Guvano, Attel, Ndombe, Michelino, Dizzy et surtout Sam Mangwana. Les quatre derniers évolueront plus tard dans l'OK Jazz, aussi.

Après le depart des pioniers en 1959, Franco entreprend de restructurer L'OK Jazz en faisant appel à des jeunes (Mujos, Kwamiy, Simaro ...) dont les talents ne tarderont pas à s'épanouir.

A l'avenir, la compétition entre Ecole Franco et Ecole Grand Kalle se jouera avec Rochereau pour Grand Kalle.

Franco accomplit sa longue carrière musicale (plus de 33 ans), tout entière avec l'OK Jazz. Il a modelé l'orchestre à son image, particulièrement dans les vingt dernières années de sa vie. Avant sa mort, il le hissera au rang des plus grands orchestres populaires de danse de l'Afrique noire. A l'instar de Rochereau, son concurrent, auteur d'une oeuvre discographique très abondante, franco laisse à la postérité plus de deux cents chansons dont au moins une cinquantaine de grands succès.
En definitive, Franco et Rochereau demeurent, de part leurs oeuvres, les plus importants auteurs-compositeurs de tout le repertoire congolais.
Photo SONODISK
Le cas "Bantous" - fondé en 1959 par des musiciens issus à la fois de l'OK Jazz (Edo, Celestin, Essous, Nino...) et de l'Ecole African Jazz (Papa Noel) - est singulier par le fait que ceux-ci ont créé un style metissé, symbiose des accents OK Jazz et des sonorités African Jazz. Les Bantous érigerent ainsi, à Brazzaville, presqu'une troisième voie à mi-chemin entre les deux Ecole créées à Kinshasa.

En passant n'oublions pas ces orchestres de dimension moyenne.
Cobantou: fondé au début des années 1960 par Dewayon (l'un des initiateurs de Franco à la musique), il se révèla très vite comme un orchestre de danse très apprécié.
Conga-Succès: crée par Bokelo, frère de Dewayon et presqu'à la même époque, figurait avec Cobantou parmi les grands animateurs de soirées mémorables dans les bars-dancings de Kinshasa.
Négro-Succès: né à l'initiative de Vicky Longomba (peu avant son rétour à l'OK Jazz). Bholen, Bavon Marie-Marie (le frère de Franco) et Empompo Déesse (plus tard saxophoniste dans l'Afrisa de Rochereau et OK Jazz de Franco) formaient l'ossature de l'orchestre. Négro-Succès etait très largement apprecié du public, plus specialement dans les milieux des adolescents. Comme cela fut le cas du Trio Madjesi de Sosoliso. Ce groupe créa un style de show aux allures sportives, attirant des foules de spectateurs, parfois dans des stades de football. Bon nombre de musiciens de cet orchestre furent des transfuges de "Vévé" du tonitruant Verckys, lui-même ancien disciple de Franco dans L'OK Jazz.

Dans l'autre Ecole - "Vox Africa" fut créé par le chanteur lyrique Bombenga (ancien de l'African Jazz) et regorgera en son sein des musiciens tels que Sam Mangwana, Suzy Kaseya, Papa Noêl, Dalienst Ntesa. Après avoir quitté "Vox Africa", Dalienst Ntesa et Sam Mangwana mirent sur pied "Les Maquisards", lesquels, ne pouvant resister à l'éclatement, donnèrent naissance aux "Grand Maquisards" (Dalienst) et au "Festival des Maquisards" (Sam Mangwana). "Continental" est l'oeuvre de l'ancien danseur de Kinshasa: Maître Ngombe. Josky (OK Jazz), Wuta Mayi et Bopol (Quatre Etoiles) contribuèrent le plus au rayonnement de cette formation.
Bien des orchestres ont tout aussi connu leur petit temps de gloire. Tel fut le cas de "Cercul Jazz" (Francklin Boukaka), "Bamboula" (Papa Noêl), "African Soul"...

D'une autre categorie - que l'on peut appeler "Orchestres du Nouvel Age" tels "Thu-Zaina", "Simba", "Bella-Bella" ont à leur tour produit des oeuvres qui ont marqué leur enfantement tâtonnant. De cette génération, naîtra Zaiko Langa Langa qui vite, par son style, déviendra le leader de cette troisième Ecole de Musique Congolaise Moderne à laquelle s'identifieront beaucoup d'orchestres d'aujourdh'hui.

Texte Original par Malambu Ma Kizola pour Sonodisk


Origines